Il y a des jours où je me surprends à douter de moi alors que j’ai toutes les compétences requises. Où je demande l’avis des autres pour des décisions que je pourrais prendre seule. Où je baisse les yeux en réunion, même quand j’ai quelque chose à dire. Et en y réfléchissant, je me suis demandé : d’où vient ce manque de confiance qui me colle à la peau ?
Pourquoi je doute parfois de ma propre valeur ?
La réponse, je l’ai trouvée dans un endroit inattendu : mon éducation genrée. Cette éducation invisible mais omniprésente, qui a façonné ma manière de penser, de parler, de me comporter… et surtout, de me percevoir.
Petite fille modèle, garçon audacieux : le conditionnement commence tôt
En tant que petite fille, on m’a souvent encouragée à être gentille, polie, attentive. On m’a félicitée pour ma sagesse, mon calme, ma douceur. Pendant ce temps, les garçons étaient félicités pour leur courage, leur ambition, leur capacité à prendre des risques.
Résultat ? J’ai intégré très jeune que mon rôle était d’être agréable et discrète, pas de m’imposer ou de me mettre en avant. À force, j’ai fini par croire que la confiance, l’audace, la prise de parole… ce n’était pas vraiment pour moi.
Les traces invisibles de l’éducation genrée à l’âge adulte
Même si les choses changent peu à peu, les traces sont bien là. Aujourd’hui encore, je remarque que :
- Je m’excuse avant de donner mon opinion (« je ne sais pas si c’est pertinent, mais… »)
- Je redoute d’être perçue comme trop directive ou arrogante
- Je valorise l’harmonie au point de taire mes désaccords
- Je me mets parfois en retrait, par peur de déranger
Ce n’est pas un manque de capacité. C’est une habitude mentale profondément ancrée.
Reprendre le pouvoir : comment je réapprends à croire en moi
Heureusement, rien n’est figé. Depuis que j’ai pris conscience de ce conditionnement, j’ai mis en place des actions concrètes pour reconstruire ma confiance sur des bases plus justes :
- Observer mes pensées automatiques : Quand je me dis « je ne suis pas légitime », je m’arrête et je me demande d’où vient cette idée.
- Remplacer les excuses par de l’affirmation : Je m’entraîne à dire « voici mon avis » sans justification.
- Prendre la parole en premier : En réunion, dans un groupe, oser être celle qui lance l’idée.
- M’entourer de femmes inspirantes : Celles qui osent, qui assument, qui brillent sans s’excuser.
- Travailler sur mon discours intérieur : Me parler avec bienveillance, comme je parlerais à une amie que j’admire.
Des chiffres qui parlent : le coût silencieux du doute au féminin
Selon une étude menée par KPMG (2022), 75 % des femmes cadres sous-estiment leurs compétences, contre 44 % des hommes. Pire encore, les femmes postulent à un emploi seulement si elles remplissent 100 % des critères, alors que les hommes se lancent à 60 %.
Ce n’est donc pas un problème individuel, c’est un phénomène collectif.
S’autoriser à occuper sa place
Aujourd’hui, je m’autorise à prendre ma place. À croire en moi même quand tout ne me semble pas parfait. À désapprendre les injonctions reçues pour reconstruire une confiance plus libre, plus solide, plus vraie. Ce travail est lent, parfois inconfortable, mais il me reconnecte à une force que j’avais mise en veille : la mienne.